L'énergie de dissipation transforme la conception des objets connectés en exploitant chaleur, vibrations et mouvements pour alimenter capteurs et systèmes. Cette approche promet une autonomie accrue, réduit la dépendance aux batteries et ouvre la voie à des infrastructures intelligentes, résilientes et à très faible maintenance.
L'énergie de dissipation est en train de transformer la manière dont nous concevons l'alimentation des dispositifs électroniques. Alors que le besoin d'autonomie et la prolifération des objets connectés grandissent, la récupération d'énergie issue de la chaleur, des vibrations ou des micro-mouvements devient une solution clé pour alimenter les systèmes du futur.
Traditionnellement, l'énergie dissipée, générée sous forme de chaleur, de vibrations, de bruit ou de champs électromagnétiques, était considérée comme une perte inévitable. Pourtant, cette énergie accompagne tous les processus mécaniques, électroniques et même l'activité humaine, offrant un potentiel immense pour des applications de plus en plus autonomes.
Autour de nous, les principales sources d'énergie de dissipation comprennent :
Si la puissance de ces sources est faible à l'échelle classique, elle devient suffisante pour alimenter des capteurs, microcontrôleurs ou transmetteurs sans fil modernes, capables de fonctionner avec quelques microwatts.
Les batteries et accumulateurs sont longtemps apparus comme la solution universelle pour l'alimentation autonome. Cependant, avec la multiplication des dispositifs, leurs limites deviennent évidentes :
L'approche basée sur l'énergie de dissipation transforme la conception : au lieu de dépendre d'une réserve, l'appareil devient sensible à l'environnement énergétique immédiat et " vit " au rythme de ce qui l'entoure.
La chaleur, omniprésente et souvent sous-évaluée, constitue une source d'énergie idéale pour les systèmes autonomes. Les générateurs thermoélectriques reposent sur l'effet Seebeck : une différence de température entre deux faces d'un matériau spécifique génère une tension électrique. Même quelques degrés suffisent pour alimenter des composants électroniques de faible puissance.
Déjà utilisés sur les pipelines industriels, moteurs ou racks de serveurs, ces générateurs servent de micro-sources autonomes pour la surveillance et le contrôle. Leur principal atout est l'absence de pièces mobiles, garantissant une durabilité exceptionnelle et un entretien quasi nul, ce qui les rend parfaits pour les environnements difficiles d'accès.
À l'avenir, ils seront de plus en plus intégrés dans la structure même des appareils et infrastructures, transformant la chaleur " perdue " en ressource énergétique.
Les effets piézoélectrique et triboélectrique permettent de convertir les mouvements, vibrations ou frottements en énergie électrique. Le piézoélectrique se manifeste dans certains cristaux qui, sous contrainte mécanique (pression, flexion), génèrent une tension. Cela s'avère particulièrement utile sur les machines industrielles, les rails, les infrastructures ou même dans la semelle de chaussures intelligentes.
Contrairement à d'autres systèmes, les éléments piézoélectriques fonctionnent avec des vibrations irrégulières, l'énergie accumulée étant utilisée pour le déclenchement ponctuel de capteurs ou la transmission de données.
L'effet triboélectrique, quant à lui, s'active lors du contact puis de la séparation entre deux matériaux. Il s'illustre par la génération d'électricité statique mais, appliqué à grande échelle, il permet d'alimenter des dispositifs grâce aux mouvements aléatoires : pas humains, mouvements de vêtements, flux d'air ou gouttes d'eau.
Ces technologies conviennent parfaitement aux systèmes événementiels : l'appareil s'active lors d'un mouvement, exécute sa tâche, puis retourne en veille, rendant l'autonomie la règle plutôt que l'exception.
La récupération d'énergie de dissipation (energy harvesting) n'est plus un concept de laboratoire ; elle s'impose dans l'Internet des objets (IoT) et la microélectronique distribuée. Les capteurs industriels de température, pression ou vibration, alimentés par modules thermoélectriques ou piézoélectriques, fonctionnent des années sans remplacement de batterie.
Dans les bâtiments intelligents, l'énergie générée par la pression d'un bouton ou une variation de température suffit à alimenter les commandes sans fil et les détecteurs de présence, facilitant l'installation et réduisant les coûts de maintenance.
Pour les infrastructures et le transport, les capteurs autonomes surveillent les ponts, rails ou pipelines, alimentés par les vibrations ou le flux thermique environnant. Ces solutions s'avèrent indispensables là où le câblage ou la maintenance régulière sont irréalisables.
Le véritable enjeu réside dans l'ultra-basse consommation : chaque microjoule récolté est utilisé de façon événementielle et optimisée, rendant ces systèmes viables économiquement et techniquement.
Il est essentiel de comprendre que l'energy harvesting vise des applications locales, pas à concurrencer la production centralisée d'électricité. Les limites inhérentes sont :
L'énergie de dissipation s'intègre donc comme un complément indispensable, là où l'entretien est difficile et la transmission d'énergie inefficace.
Lorsque l'alimentation devient une propriété de l'environnement et non plus un composant à part, la conception change radicalement. Les dispositifs s'affranchissent du volume imposé par la batterie, peuvent s'intégrer dans les murs, les routes, les vêtements ou les structures, et deviennent quasiment invisibles.
Leur fonctionnement repose sur des modèles événementiels : l'appareil se réveille à chaque changement du milieu, utilise l'énergie générée par l'événement, puis retourne en veille. Cela abaisse la consommation et accroît la résilience face aux coupures d'alimentation.
L'infrastructure elle-même est pensée pour exploiter les flux énergétiques existants : vibrations de ponts, chaleur des bâtiments, circulation des véhicules ou mouvements de foule deviennent des ressources, non des contraintes. L'ajout de capteurs ne nécessite plus de câblage ou de planification complexe : ils s'installent là où l'énergie dissipée est présente.
Les systèmes autoalimentés ne représentent pas une révolution soudaine, mais un glissement progressif vers l'autonomie. Leur déploiement d'abord massif est attendu dans les capteurs d'infrastructure : surveillance de ponts, routes, pipelines ou lignes électriques, là où la maintenance humaine est coûteuse.
L'essor du IoT de masse bénéficiera aussi de cette évolution : capteurs environnementaux, logistique, agriculture intelligente ou villes connectées adopteront des solutions où l'énergie fait partie intégrante du fonctionnement, sans besoin de maintenance.
Parallèlement, la microélectronique continue à réduire ses besoins énergétiques, permettant aux appareils de s'adapter au rythme irrégulier de l'énergie récoltée.
À long terme, des systèmes hybrides combinant chaleur, vibrations, lumière ou champs électromagnétiques augmenteront la fiabilité de l'alimentation, sans pour autant chercher à accroître la puissance totale disponible.
Le véritable impact de ces technologies réside dans le changement de paradigme : l'énergie devient une propriété locale de l'environnement, rendant les systèmes plus robustes, modulaires et naturellement intégrés au monde physique.
L'énergie de dissipation, longtemps reléguée au rang de perte, s'impose désormais comme un moteur de l'autonomie électronique. Chaleur, vibrations et micro-mouvements deviennent des ressources précieuses, particulièrement là où les batteries et les câbles représentent des contraintes majeures.
Il ne s'agit pas de remplacer les centrales électriques ni de créer des sources d'énergie éternelles, mais d'utiliser plus intelligemment ce qui est habituellement perdu. Dans ces flux discrets se cache le potentiel des systèmes autoalimentés de demain : des dispositifs qui s'intègrent dans leur environnement et fonctionnent des années sans intervention humaine.