Le MTU, souvent méconnu, peut expliquer l'impossibilité d'accéder à certains sites malgré une connexion internet fonctionnelle. Découvrez son rôle, son impact sur la transmission des données et pourquoi un mauvais réglage du MTU provoque des dysfonctionnements difficiles à diagnostiquer, en particulier avec les VPN et réseaux d'entreprise.
Le terme MTU (Maximum Transmission Unit) désigne un paramètre réseau souvent méconnu, mais il peut expliquer pourquoi certains sites web ne s'ouvrent pas alors que la connexion internet semble fonctionner normalement. Si la vitesse est stable, le ping correct et qu'aucune erreur n'est détectée lors du diagnostic, le MTU pourrait être la cause de ces problèmes d'accès aux sites web.
Le MTU correspond à la taille maximale d'un paquet de données pouvant être transmis sur un réseau en une seule fois, sans qu'il soit nécessaire de le fragmenter. Concrètement, il définit le nombre d'octets qu'un paquet réseau peut contenir sur chaque segment de la connexion.
Chaque interface réseau et chaque type de connexion imposent leur propre limite de MTU. Par exemple, la valeur standard pour un réseau Ethernet classique est de 1500 octets. Ce chiffre n'est pas choisi au hasard : il représente un compromis entre efficacité de transmission et surcharge de traitement des paquets.
Lorsqu'une donnée voyage sur internet, elle est découpée en paquets, chacun comportant des en-têtes et la charge utile. Le MTU fixe la taille maximale de cette charge utile. Si la donnée dépasse cette limite, elle doit être divisée en plusieurs paquets.
Le MTU n'est pas un paramètre universel : il peut différer sur l'ordinateur de l'utilisateur, sur le routeur, chez le fournisseur d'accès ou sur des segments intermédiaires du réseau. Si, à un moment donné du parcours, le MTU est inférieur à ce qui est attendu, cela peut provoquer des soucis de transmission.
Le MTU n'a pas d'impact direct sur la vitesse de connexion. Son rôle est d'assurer la livraison correcte des paquets. Cependant, une mauvaise configuration du MTU peut entraîner la perte de données ou des blocages, même si la connexion, en apparence, fonctionne.
La taille du MTU détermine comment les données sont segmentées lors de leur transfert. Un MTU élevé permet d'envoyer de gros paquets, réduisant la quantité d'informations de gestion et la charge sur le réseau. Un MTU faible oblige à découper les données en plus petits paquets, chacun ayant ses propres en-têtes.
Des problèmes surviennent lorsque l'appareil envoie des paquets plus gros que la limite autorisée sur le segment suivant. Deux scénarios sont alors possibles : le paquet est fragmenté ou simplement rejeté. Le comportement dépend des protocoles et de la configuration du réseau.
La fragmentation est généralement évitée dans les réseaux modernes, car elle augmente la latence, le risque de perte de données et complique le traitement. Beaucoup de routeurs préfèrent donc rejeter les paquets trop volumineux, en attendant que l'expéditeur réduise leur taille.
Si cela n'est pas pris en compte, la connexion paraît " partiellement fonctionnelle " : les petits paquets (requêtes) passent, mais les gros (réponses, pages web, connexions sécurisées) échouent. C'est pourquoi certains sites s'ouvrent tandis que d'autres restent inaccessibles, sans messages d'erreur explicites.
Un mauvais réglage du MTU ne bloque donc pas totalement internet, mais il empêche la transmission des paquets de certaines tailles, rendant le problème difficile à diagnostiquer.
La fragmentation consiste à diviser un gros paquet en plusieurs plus petits pour traverser un segment du réseau dont le MTU est plus faible. Théoriquement, cela devrait résoudre les différences de tailles, mais en pratique, la fragmentation est souvent source d'erreurs.
Dans les anciens réseaux, cette opération était réalisée par les routeurs tout au long du parcours. Aujourd'hui, ce procédé est jugé inefficace et risqué ; la fragmentation sur les routeurs est donc souvent désactivée ou limitée.
Il est maintenant attendu que l'expéditeur ajuste la taille du paquet dès le départ, à l'aide du mécanisme PMTUD (Path MTU Discovery), qui détecte le plus petit MTU sur le trajet. Si ce mécanisme ne fonctionne pas ou si ses messages sont bloqués, l'expéditeur continue d'envoyer des paquets trop gros.
Ces paquets sont alors rejetés sans avertissement, ce qui fait " geler " la connexion. Ce problème est particulièrement gênant pour les protocoles sensibles à la perte de gros paquets, comme HTTPS. L'utilisateur constate alors que " le site ne s'ouvre pas " alors que la connexion existe techniquement.
Les causes courantes de fragmentation défaillante incluent :
Pour cette raison, le MTU est l'une des causes cachées les plus gênantes des problèmes de réseau.
Un souci de MTU n'entraîne presque jamais une coupure totale d'internet. Cela donne l'impression d'une erreur étrange et difficile à expliquer : le navigateur charge un moteur de recherche, mais d'autres sites restent inaccessibles ; les messageries fonctionnent, mais l'envoi de fichiers échoue ; un VPN ne se connecte pas, bien que l'accès internet soit présent.
La raison est simple : les petits paquets passent, mais les gros sont bloqués. La demande de connexion est généralement de petite taille, mais la réponse du serveur, les certificats HTTPS ou le contenu d'une page nécessitent d'échanger de plus grandes quantités de données.
Si les gros paquets sont rejetés à cause d'un MTU inadapté, la connexion " gèle " au moment du chargement. Le navigateur attend les données, le serveur les envoie, mais elles n'arrivent jamais à destination. Il n'y a souvent pas d'erreur visible, car du point de vue de TCP, la connexion existe toujours.
Ce phénomène est particulièrement fréquent avec :
C'est pourquoi les problèmes de MTU sont souvent confondus avec une mauvaise connexion internet ou une défaillance de l'opérateur, alors qu'ils proviennent en réalité d'un paramètre de transmission.
L'utilisation d'un VPN diminue presque toujours le MTU effectif, car le tunnel ajoute ses propres en-têtes, réduisant d'autant la charge utile du paquet. Si cela n'est pas pris en compte, les paquets à l'intérieur du tunnel dépassent la taille autorisée.
Résultat : le VPN peut se connecter, mais :
Ce scénario explique pourquoi " le VPN est connecté, mais internet ne fonctionne pas ". Ce n'est pas un problème de chiffrement ou de serveur, mais de paquets trop volumineux pour le MTU accepté sur une partie du trajet.
Des problèmes similaires peuvent apparaître avec le PPPoE, l'internet mobile, des routeurs non standards ou une succession d'appareils réseau. À chaque fois, le MTU réel est inférieur à celui attendu.
Dans la majorité des cas, il n'est pas nécessaire de changer manuellement le MTU. Les systèmes d'exploitation et routeurs modernes sélectionnent automatiquement des valeurs adaptées et gèrent correctement le PMTUD.
Une configuration manuelle du MTU ne se justifie que si :
Modifier le MTU sans en comprendre la cause peut aggraver le problème. Le MTU n'est pas un " accélérateur d'internet ", mais un paramètre de compatibilité réseau.
Le MTU fait partie de ces paramètres techniques dont on ne se soucie que lorsque la connexion internet commence à se comporter étrangement. Il n'agit pas sur la vitesse à proprement parler, mais il conditionne la possibilité même de transmettre les données à leur destinataire.
Un mauvais MTU ne coupe pas l'accès, mais provoque des dysfonctionnements partiels et difficiles à expliquer : certains sites ne s'ouvrent pas, le VPN ne fonctionne pas, et la connexion paraît instable sans raison apparente.
Comprendre le rôle du MTU dans la transmission des données permet de distinguer les vrais problèmes de réseau des idées reçues sur la vitesse ou la fiabilité des fournisseurs d'accès. C'est un exemple frappant de la façon dont un petit paramètre technique peut impacter l'utilisation quotidienne d'internet.